Avant de commencer, les annexes dont il est parfois question sont à trouver au lien suivant : ici.
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Le XVIIe siècle apparaît comme le siècle d’or du commerce épistolaire. Sa pratique s’accroît, d’abord, parce qu’il s’agit du seul moyen de communication sur de longues distances, mais aussi parce qu’un goût pour l’écriture de lettres se développe à travers la multiplication des correspondances d’ordre personnel. Un glissement se fait entre une conception uniquement pratique de la lettre vers une conception qui serait de l’ordre de la sociabilité et du plaisir. Il s’opère donc un changement conséquent dans la pratique épistolaire qu’il est intéressant d’observer de plus près. Mais pour jauger avec plus d’acuité ce phénomène, un support nous est nécessaire et, qui de mieux pour remplir ce rôle que, Mme de Lafayette, l’amie de Mme de Sévigné que chacun s’accorde à désigner comme le modèle de l’épistolier du XVIIe ?
Cette
simple introduction ne suffirait pas à présenter Marie-Madeleine
Pioche de La Vergne, comtesse de Lafayette, dans toute sa globalité ;
aussi avons-nous pris le parti de retracer les étapes importantes de
sa vie dans une chronologie succincte présentée en annexe 2. Ce que
l’on peut, cependant, dire ici est que Mme de Lafayette entretient
différents échanges épistolaire comme son amie, la marquise de
Sévigné. L’édition de sa correspondance que nous avons choisie
est celle de la Pléiade. Celle-ci commence la correspondance de
notre épistolière en 1652 par des lettres de Pierre Costar qui, par
leur contenus, nous laissent supposer que notre épistolière lui
aurait précédemment écrit1.
Cette correspondance prend fin en 1692 malgré le fait que Mme de
Lafayette ne décède que le 27 mai 16932.
Puisque l’on est face à des lettres réelles, écrites et
adressées à des personnes qui le sont tout autant, un certain
nombre de questions s’imposent à nous. Qu’est ce qui caractérise
notre corpus en tant que correspondance authentique ? Et, dans
ce cadre d’authenticité, que signifie écrire une lettre ?
Qu’est-ce que cela implique ? Qu’est-ce que cela nous dit de
Mme de Lafayette et de sa pratique épistolaire ? La
correspondance de Mme de Lafayette suit-elle toujours strictement la
définition qu’Antoine Furetière donne dans son dictionnaire
lorsqu’il écrit qu’elle est « un écrit que l’on envoie
à un absent pour lui faire connaitre son avis » ? Ou bien
constatons une autre vision de ce qu’est la lettre et de sa
fonction ?
Dans
un premier temps, nous verrons en quoi, puisqu’il s’agit d’une
correspondance authentique, nous sommes confrontés un corpus à la
fois particulier et inattendu. Puis, dans un second temps, nous nous
intéresserons à ce que nous disent les lettres de la comtesse sur
la dimension matérielle et sociale de la pratique épistolaire.
Enfin, dans un dernier temps, nous tenterons de voir en quoi la
lettre est un reflet de l’intimité et de l’intériorité de son
épistolière.
Un
corpus particulier et inattendu
- Un corpus lacunaire
Avant
d’entrer véritablement dans le texte, il paraît important de
définir l’état de celui-ci tel qu’il nous parvient. L’édition
que l’on a choisie est celle de la Pléiade. Elle tente d’être
la plus complète possible mais elle doit s’avouer vaincue face au
caractère lacunaire et incertain de la correspondance de Mme de
Lafayette. En effet, comme l’avoue humblement la notice qui
accompagne l’édition de cette correspondance, « les lettres que
l’on a conservées sont dispersées dans des bibliothèques
françaises, italiennes, anglaises, au gré des ventes ou des legs,
et parfois des vols »3.
Sur l’ensemble de la vie de l’auteur, il ne nous est laissé que
275 lettres. Ce nombre paraît ridiculement mince lorsque l’on
prend en considération l’importance de la correspondance au XVIIe
siècle. De fait, on ne peut douter que la correspondance de notre
épistolière ait été plus dense que ce que l’on est en mesure de
lire. Les lacunes de notre corpus transparaissent également lorsque
l’on prête attention au nombre de lettres écrites par année. Si
l’on s’attarde sur le graphique de l’annexe 1, on observe que
l’année 1657 est celle où l’on possède le plus de lettres, or
le nombre ne s’élève qu’à 34 lettres. On peut également
constater l’absence totale de lettre pour certaines années telles
que 16524.
Si la diminution du nombre de lettres pour certaines années peut
s’expliquer par un rapprochement géographique des correspondants,
rendant ainsi caduque le besoin de la lettre, l’absence totale de
lettres pour une année entière ne peut s’expliquer que par une
correspondance incomplète. Il est néanmoins possible de
reconstituer mentalement le contenu de certaines lettres par les
réponses faites et présentées pour certains de destinataires de
Mme de Lafayette. Pour n’en donner qu’un exemple, on peut noter
que Mme de Lafayette reçoit des lettres de Louvois, ministre de la
guerre de Louis XIV, à partir de l’année 1677. Ces lettres sont
présentées comme des réponses aux missives envoyées par la
comtesse. La lettre du 13 octobre 1677 commence, en effet, par ce
préambule : « j’ai reçu, Madame, le billet que vous
m’avez fait l’honneur de m’écrire le 2e de ce
mois »5.
De ce cas précis, il est presque possible de retracer une
chronologie des lettres grâce à la récurrence de cette formule
dans les missives de Louvois.
L’aspect
lacunaire du corpus transparaît également dans le relevé des
destinataires de notre épistolière. En s’intéressant uniquement
aux chiffres, on remarque que le nombre total de correspondants ne
s’élèvent uniquement qu’à 16 personnes. Face à cette lacune
évidente, il nous est possible de faire émerger deux types de
destinataires. Un premier type, tout d’abord, qui nous est facile à
identifier parce que les lettres qui leurs étaient destinées nous
sont parvenues ou du moins en partie. Ces différents destinataires,
que l’on peut retrouver citées en annexe 4 et 5, mettent en
lumière différents aspects de notre épistolière. Certains sont
révélateurs de l’influence de Mme de Lafayette à la cour comme
c’est le cas du duc d’Orléans, Louvois qui est le ministre de la
guerre de Louis XIV, Mme Royale qui est régente de Savoie ou encore
de Lescheraine qui est le secrétaire de celle-ci. D’autres
témoignent de son cercle sociale comme la marquise de Sévigné ou
le marquis de Pomponne. Enfin, un certains nombres sont le reflet de
ses influences littéraires comme Ménage qui est un grammairien et
écrivain français qui tenait salon tous les mercredis sous le nom
de « mercuriales », l’érudit Huet, l’académicien à
la fois poète et traducteur Segrais, la femme de lettres précieuse
Madeleine de Scudéry ou encore Mme de Sablé qui a, notamment, écrit des maximes.
Le
second type que l’on peut trouver est celui dont, paradoxalement,
les lettres sont manquantes. Une attention plus particulière est
nécessaire pour identifier ces destinataires ainsi qu’un travail
de reconstitution. Cette identification peut être faite par deux
moyens. On peut, d’une part, identifier des correspondants tels que
Pierre Costar, Louvois, La Fontaine, Henriette d’Angleterre ou
encore l’abbé Rancé à travers les lettres reçues par notre
épistolière et présentées dans notre édition. Il est, d’autre
part, possible de découvrir d’autres correspondants à travers le
relevé de noms mentionnés dans les lettres qui nous parviennent. Il
nous est, en effet, possible de trouver la mention de lettres
envoyées à M. de Sévigné, son beau-père, à la sœur de Huet ou
encore à son oncle. Pour illustrer cette idée, songeons à la
lettre du 11 juin 1663 à Huet où Mme de Lafayette écrit ;
« je viens d’écrire à Mme votre sœur pour lui en faire mes
remerciements […] »6.
Néanmoins, de grands absents sautent aux yeux lorsque l’on adopte
un point de vue synoptique. En effet, malgré un rapport d’intimité
certain qui ne laisse aucunement douter de l’existence d’une
correspondance à ce siècle où la lettre est reine, il est
surprenant de ne trouver aucune lettre adressée à des personnes
telles que La Rochefoucauld. On peut, de fait, lire dans la lettre du
5 septembre 1656 à Ménage la révélation suivante : « je
suis infiniment obligée de M. de La Rochefoucauld de son compliment.
C’est un effet de belle sympathie qui est entre nous »7.
Contenu du fait que le substantif « sympathie »8 est
un terme très fort à l’époque classique, il est étonnant qu’il
ne lui soit adressé aucune lettre. La seule explication qui
pourrait, en partie seulement, le justifier est que Mme de Lafayette
et La Rochefoucauld aient été constamment proches géographiquement
pour annihiler tout besoin d’écrire en le remplaçant par des
conversations de vive-voix. Il est, d’autre part, tout autant
étonnant de constater qu’il ne nous parvient aucune lettre
adressée au comte de Lafayette, son mari. La seule mention que l’on
trouve est, encore une fois, à travers une lettre adressée à
Ménage où notre épistolière écrit : « comme je suis
ici – je ne sais aucune nouvelle et ne puis lui en écrire […] »9.
Il n’est, dans ces propos, question que de « nouvelle »,
c’est-à-dire quelque chose d’extérieure à l’épistolier,
quelque chose qui n’est pas de l’ordre de l’intime. Cette
absence de lettres pose la question sur la nature des relations entre
les deux époux. Il n’y a, en effet, pas le moindre mot tendre
entre eux, la seule mention que l’on peut trouver est au tout début
du mariage de notre épistolière lorsqu’elle adresse ces propos à
Ménage : « que mon mari m’adore, que je l’aime fort
[…] »10.
Cette affirmation manque, cependant, de conviction. En lisant ce
passage, on a davantage l’impression que Mme de Lafayette,
fraîchement mariée, tente de convaincre son destinataire autant
qu’elle-même d’un bonheur qui n’est pas. Bien des années plu
tard, on retrouve une Mme de Lafayette complètement désillusionnée
en ce qui concerne le mariage lorsqu’elle écrit à Ménage :
« […] une femme qui aime passionnément son mari et qui ne
vit que pour lui. Il s’en trouve peu de cette espèce »11.
- Un corpus ambigu
Face
à ses premières considérations, il est paraît important de mettre
en exergue le fait que cette édition n’est pas une œuvre qui
aurait été pensée par son auteur. Il s’agit, en effet, d’une
correspondance personnelle qui n’était pas destinée à être
publiée. On se trouve dans le domaine de l’intime, voir du secret
censé être partagé qu’entre l’épistolier et son destinataire.
Songeons, pour illustrer cette idée, à la lettre du 26 décembre
1657 adressée à Gilles Ménage où Mme de Lafayette écrit telle
une confidence : « n’allez pas lui dire ceci, ni à personne,
je vous en prie »12.
En tant que lecteur, nous nous plaçons dans une position étrange :
nous interceptons une conversation de l’intime à laquelle nous ne
devrions pas avoir accès. Nous sommes donc soumis à une certaine
forme de voyeurisme. Mme de Lafayette mentionne parfois très
clairement un désir de voir ses écris disparaître après la
lecture de son destinataire comme elle l’écrit à Lescheraine dans
sa lettre du 18 mai 1678 : « […] mais je voudrais bien
qu’elles fussent brûlées quand elles sont lues. Ce sont des
bagatelles que tout ce que j’écris […] »13.
Si
les lettres ne sont donc pas destinées à un large public, on ne
peut cependant pas se permettre d’apporter le même jugement sur
l’ensemble de la correspondance. En effet, il paraît juste de
croire que Mme de Lafayette, comme tant d’autres épistoliers du
XVIIe, a conscience de la possibilité que ses missives soient
montrées au cercle dans lequel évolue son correspondant. Prenons
l’exemple de la lettre de Pierre Costar datant de 1652 où il
écrit :
Nous
autre Provinciaux sommes fort sujets à nous servir mal de notre
loisir, et surtout laisser tenter à la gloire qu’il y a de pouvoir
montrer plusieurs réponses jolies et obligeantes, des personnes
extraordinaires qui ont l’approbation de la Cour […]14
On
trouve, dans cette lettre, l’idée très explicite que les
destinataires exhibent parfois les lettres qu’ils reçoivent.
L’adjectif qualificatif « jolies » suggère, de plus,
que Costar partage plus particulièrement les lettres qui se
distinguent par la finesse ou l’aspect agréable de leur éloquence
ou leur style. Allons plus loin, cette confidentialité de la lettre
est parfois corrompue avant même qu’elle n’atteigne son
destinataire. Il arrive, en effet, que les lettres soient rédigées
par d’autres personnes que l’épistolier, c’est le cas d’une
lettre à Lescheraine où l’on trouve la mention suivante :
« je vous grondais de la main d’un autre le dernier ordinaire
[…] »15.
Ce cas de figure devient de plus en plus fréquent avec le temps. À
partir de 1690, à cause d’une santé qui se fragilise, Mme de
Lafayette se trouve obligée de faire appel à un secrétaire, elle
ne fait alors plus que dicter ses lettres et n’écrit que très
rarement de sa propre main. On trouve, dans une lettre à Huet, la
mention suivante : « je ne puis vous écrire de ma main à
cause d’un grand mal de tête mais je me sers de la main d’un
autre […] »16.
À
un tout autre niveau, il est possible de distinguer, à travers les
propos échangés entre Mme de Lafayette et Gilles Ménage, un projet
d’édition. On peut voir, dans la lettre du 14 mai 1657, la
comtesse écrire : « vous y travaillerez agréablement à
nos lettres »17 ou,
dans la lettre du 26 juin 1657 : « j’ai bien envie que
vous y soyez afin que vous travailliez à ces lettres dont nous avons
parlé ensemble »18.
Par ces deux mentions, on se trouve confronter à l’idée d’un
travail qui devrait être effectué sur les lettres. Mme de Lafayette
souligne ici le fait que ses lettres ne peuvent être publiées dans
l’état où elles ont été écrites, qu’elles nécessitent des
ajustements tels que des coupures, des corrections ou des
réécritures. Ces propos nous suggèrent que les lettres nécessitent
d’être traitées avec un soin particulier afin d’être ouvertes aux regards des autres. Les premiers éléments qui peuvent venir
spontanément à l’esprit sont tout ce qui a trait à l’intimité
et le secret cependant, on peut aussi considérer la forme, le style
ou encore l’orthographe comme étant des éléments nécessitant
des modifications. Mme de Lafayette écrit, elle-même, dans une
lettre à Ménage : « mandez-moi si je fais biens des
fautes dans mes lettres afin que j’y prenne garde »19 ou
encore, dans la lettre du 2 novembre 1655 : « je ne suis pas
bien aise que vous ayez donné ma lettre […] car il me semble
qu’elle était si mal bâtie qu’il eût été aussi bon qu’il
ne l’eût pas »20.
- Un corpus déviant des modèles de l’époque
Le
dernier aspect qui rend ce corpus particulier et inattendu concerne
la déviance évidente des modèles épistolaires de l’époque. À
la manière des « secrétaires », ces ouvrages qui ont
connu une grande popularité au XVIIe siècle, on a voulu établir
dans un premier temps une typologie dans la correspondance de la
comtesse de Lafayette. Cependant, on a rapidement observé que le
contenu des lettres était beaucoup plus diversifié que ce que l’on
trouve dans les modèles types. Cela est peut-être dû soit au
caractère authentique, soit au caractère lacunaire du corpus mais
l’on constate qu’il n’existe pas de lettres qui suivraient ces
modèles. On observe ainsi un trait stylistique récurrent de la
correspondance de Mme de Lafayette : elle passe souvent d’une
information à l’autre, sans transition comme si elle se contentait
de juxtaposer ce qui lui vient à l’esprit. Même si cela est
anachronique, son style peut parfois prendre la forme d’un
télégramme comme c’est le cas dans la lettre du 8 octobre
1689 écrite à Mme Sévigné où l’on observe une abondance
de point virgules ainsi que l’enchainement de phrases plutôt
brèves et brutales. Mme de Lafayette commence, en effet, sa lettre
ainsi : « mon style sera laconique ; je n’ai point
de tête ; j’ai eu la fièvre »21 et
continue de la sorte tout au long de sa lettre. Cependant, dans cette
façon d’écrire transparaît l’idée de spontanéité et cela va
dans le sens de l’attestation de l’authenticité des lettres.
Si
l’on trouve donc des lettres teintées par les remerciements, les
félicitations, les réprimandes ou bien les condoléances, ce qui
est davantage frappant est la façon dont notre épistolière
s’extirpe des modèles types et tourne en dérision la pratique de
la lettre de convenance. Songeons, tout d’abord, à la lettre de
félicitation que l’on peut supposer lorsque Mme de Lafayette écrit
à Ménage : « je vous envoie une fort méchante lettre
pour Mme de Nemours que je vous prie de lui vouloir donner […] l’on
ne sait par où se prendre pour lui dire que l’on se réjouit de
son mariage »22.
Même si cela est de manière interposée, il est ici question de
féliciter une connaissance pour son mariage. Cet exemple est
intéressant car Mme de Lafayette pose l’ambiguïté de la lettre
modèle. Elle expose à Ménage l’écart entre convenance et
réalité. En effet, elle semble suggérer qu’il est délicat de
féliciter Mme de Nemours, peut-être à cause d’un mariage qui
n’est pas heureux, à travers des termes tels que « méchante
lettre ». Il est également possible de relever un exemple des
écarts avec ce que la pratique sociale attend de la lettre par la
dérision que l’on trouve sous la plume de Mme de Lafayette
lorsqu’elle écrit : « […] je m’y arrêterais davantage
si je ne jugeais qu’il faut que mon compliment fasse place à tant
d’autres que vous recevrez d’une infinité de lieux »23.
Mme de Lafayette a conscience que sa lettre ne peut que se perdre
parmi la masse des autres lettres du même type. Elle souligne peut
être aussi le manque d’originalité de la pratique et laisse
entrevoir un caractère paresseuse comme si elle disait que, puisque
d’autres le loueront, Ménage n’a pas besoin qu’elle s’épanche
davantage. On trouve cette même idée de dérision dans une lettre
de remerciement lorsque Mme de Lafayette écrit à Ménage : «
je vois bien que si je voulais vous remercier de tout ce que vous
ferez pour nous je ne vous écrirais dorénavant que des lettres de
remerciement »24.
Mme de Lafayette met ici en place un jeu avec ce qui est convenu et
se moque subtilement de la pratique. Même avec des sujets plus
sérieux comme le décès, Mme de Lafayette se libère de ce qui est
convenu en écrivant d’une façon qui n’est pas attendue. On
trouve cette idée lorsqu’elle écrit : « n’attendez
pas que je vous console de la mort de M. le Premier Président. Je
vous assure que j’ai besoin que l’on m’en console moi-même »25.
De façon plus flagrante, on trouve dans la lettre datée d’avril
1663 à Mme de Sablé : « il s’en faut peu que je ne sois
offensée contre vous et je crois que je le serais si je ne savais
qu’en l’état où vous êtes il faut plutôt vous plaindre que se
plaindre de vous […] »26.
Nous sommes ici mis face à une lettre qui n’est ni formatée, ni
rigide. On distingue un jeu basé sur une fausse plainte qui est fait
pour divertir sa destinataire et la détourner de son chagrin.
À
la lumière de ces éléments, on constate aisément que la
correspondance de Mme de Lafayette est un corpus particulier.
Lacunaire, le corpus est surtout plus ambigu que ce que l’on aurait
pu penser aux premiers abords. Il se place à mi-chemin entre
correspondance personnelle et conscience de la possibilité d’être
lue par un public plus large. Les lettres suivent les convenances
mais se jouent également d’elles. Le corpus qui nous parvient
demeure hors du contrôle de son auteur, il n’est pas sujet à un
travail de structure et de révision conservant ainsi toute
l’authenticité possible. Après avoir évoqué les convenances de
la pratique épistolaire, il est à présent intéressant d’analyser
plus en détails la dimension matérielle et sociale de celle-ci.
La
dimension matérielle et sociale de la pratique épistolaire
- Une première définition de la pratique
Au
fur et à mesure que l’on progresse dans la lecture de la
correspondance de Mme de Lafayette, il nous est possible d’établir
des éléments de définition de celle-ci, de son usage autant que sa
fonction. De façon très claire, on trouve tout d’abord le motif
de l’absentia corporis, de la lettre comme « conversation
avec un absent »27.
Mme de Lafayette écrit, en effet, à Ménage : « si mes
lettres vous consolent de mon absence vous n’avez qu’à
parler »28.
Une conscience aigüe de cet aspect transparaît donc sous la plume
de notre épistolière. La lettre est perçue comme un acte de
communication, comme un lien qui permet de rester en contact avec les
amis et les connaissances que la distance sépare. De plus,
l’idée de consolation qui apparaît dans ces propos nous laisse
également à penser que la lettre devient une extension de la
personne qui écrit pour le destinataire.
Cependant,
au-delà de toute idée de communication, écrire des lettres est
aussi perçu comme un passe-temps, une occupation. Dans la même
lettre, Mme de Lafayette écrit avec une pointe d’espièglerie :
« à cette heure que le vilain temps m’ôtera le plaisir de
la promenade et que je n’avais autre chose à faire qu’à écrire
à mes amis »29.
L’écriture de la lettre est présentée comme une activité de
remplacement pour celle de la promenade. On comprend donc qu’il
s’agit d’une activité d’intérieure qui, malgré le fait que
l’épistolière soit enfermée chez elle par le mauvais temps,
permet une ouverture sur le monde et les autres, comme si la lettre
devenait évasion vers autrui. On peut aussi relever, dans une des
lettres de Ménage à Mme de Lafayette cette fois, l’avis que la
correspondance s’ancre dans les habitudes adoptées par
l’épistolier. En effet, dans sa lettre du 29 septembre 1661,
Ménage écrit en latin à Mme de Lafayette : « Je n’ai
rien à t’écrire. Je t’écris toutefois pour garder mes
habitudes »30.
Il est intéressant de signaler que l’usage du latin fait de la
lettre un véritable exercice d’écriture pour lui et un défi de
traduction pour sa destinataire. Il nous donne à voir le niveau
d’érudition de Ménage et l’éducation de Mme de Lafayette, il
rappelle la relation de mettre à élève qui unie les deux
correspondants. L’écriture de la lettre ne semble dépendre de
rien si ce n’est de l’habitude comme si elle se suffisait à
elle-même pour exister. D’ailleurs, dans les lignes qui suivent,
Ménage écrit en latin « […] réponds-moi […] afin que je
trouve dans tes lettres le sujet d’une lettre ». La lettre,
loin d’avoir besoin d’un sujet précis pour être écrite, peut
simplement se faire appel à l’échange. Ces propos de Ménage
démontrent le besoin de l’autre. Le destinataire et le contenu de
sa lettre apparaissent comme des éléments de rebond dans le
commerce épistolaire. On trouve également, dans les lettres de Mme
de Lafayette, cette idée de nécessiter d’une réponse, d’un
échange. Dans la lettre du 15 août 1655 à Ménage, notre
épistolière écrit :
Il
n’y a rien qui ne finisse avec le temps et si vous vouliez garder
toujours un silence aussi régulier que celui que vous gardez depuis
que je suis partie, peut-être que je me lasserais d’écrire sans
avoir de réponse31.
Ces
propos insistent sur le fait que l’arrêt d’un des deux côtés
peut pousser l’autre à cesser l’échange à son tour. Un rapport
d’équilibre et de réciprocité semble ainsi être supposé entre
les deux correspondants.
- L’objet lettre s’inscrivant dans une réalité matérielle
La
définition précédente nous donne déjà à voir l’aspect
matériel de la lettre. L’écriture des lettres est, en effet,
soumis à la position spatiale des correspondants. La séparation et
l’éloignement sont les moteurs de l’écrit. Songeons, en effet,
que l’abondance de lettres à Ménage en 1658, malgré la présence
à Paris de Mme de Lafayette, s’explique par l’absence de
celui-ci à Paris du 4 décembre au 27 août 165832.
De fait, le rapprochement spatial a une influence certaine sur les
missives. Lorsque Ménage habite à Paris, les lettres qui lui sont
adressées ne sont pratiquement plus que des courtes lettres voir des
billets très factuels comme une invitation à faire une promenade ou
bien la mention des heures où Mme de Lafayette est absente de chez
elle. La réduction du nombre de lettre et son remplacement par des
missives plus menues s’expliquent donc par le rapprochement
géographique : la lettre devient inutile dès lors que les
correspondants sont assez proches pour converser. Cette idée
explique sans doute l’absence dans notre corpus de lettres
adressées à La Rochefoucauld comme en témoigne la notice de
Louis-Simon Auger lorsqu’il écrit : « ce ne seroit
point assez de dire que M. de la Rochefoucauld et madame de la
Fayette se voyoient tous les jours ; ils étoient continuellement
ensemble ; ils ne se quittoient pas »33.
Mais la matérialité de la lettre transparaît également à travers
les nombreuses mentions de la gestion du courrier par la poste, à
ses lettres envoyées qui prennent du retard ou pire qui sont
perdues. La lettre du 31 mars 1654 à Ménage est significative en ce
qui concerne le fonctionnement de la poste et de tous les problèmes
de gestion du courrier. On note sous la plume de notre épistolières
des mentions telles que « j’ai à faire réponse à trois de
vos lettres que je reçus il y a deux jours tout à la fois à cause
du désordre que je vous ai mandé qui était arrivé à Angers
[…] »34 ou
bien « […] le commerce d’ici à Angers est si mal établi
que j’en perds patience »35.
L’habitude dont nous parlions précédemment est aussi perceptible
à travers la mention des ordinaires aux prémices de leur
correspondance lorsque notre épistolière écrit « je vous
écris aujourd’hui, contre mon ordinaire, parce que je ne pourrai
peut être pas vous écrire à l’ordinaire prochain »36.
Tous ces éléments rendent compte de la fréquence37 des
lettres mais aussi révèlent une vision très matérielle de la
lettre et de son commerce.
Allons
plus loin, la correspondance de Mme de Lafayette fourmille de
passages qui se réfèrent au moment de l’écriture de la lettre
présentant la lettre comme un fragment de la réalité qui
l’entoure. Pour illustrer cette idée, on peut relever des mentions
telles que « un mal qui me prit à l’œil comme j’écrivais
[…] »38 ou
bien « Mon époux que voilà vous en fait cent mille […] »39.
L’usage du présent ramène à la situation d’énonciation. Il
met en exergue l’instant de l’écriture et rappelle ainsi que la
lettre est un objet qui s’inscrit dans une réalité et que l’écriture
peut être arrêtée et reprise. Ces passages sont autant
d’expression de la vie qui existe autour des lettres, ils font
montre de l’authenticité de la correspondance.
- Echange et communication : la lettre comme ouverture sur le monde
L’échange
et la communication sont des fonctions initiales de la lettre. Comme
le suggère Marie-Claire Grassi dans son ouvrage, l’objectif de la
pratique épistolaire est « de communiquer une information »40.
Lorsque l’on écrit une lettre, on cherche d’abord à partager,
transmettre quelque chose à quelqu’un ; c’est un moyen de
communication tel le téléphone à notre époque. On trouve cette
idée dans les billets factuels que l’on a déjà précédemment
évoqués. Ils donnent, en effet, un exemple parfait d’informations
pratiques transmises d’un correspondant à l’autre. De façon
plus large, la lettre se fait « gazette » des nouvelles
du monde. Elle devient le moyen de sortir de son isolement et de
s’ouvrir sur le monde. On trouve, en effet, des lettres qui sont de
véritables exhortations de demande de nouvelles comme ce passage où
Mme de Lafayette écrit : « apprenez-moi […] j’ai fort
envie de savoir des nouvelles. Je vous prie aussi de m’en mander
[…] »41.
Ces nouvelles peuvent êtres de plusieurs types ; elles peuvent
concerner les événements importants du monde comme elles peuvent
êtres de l’ordre du privé. La lettre peut, de plus, se faire
relais des modes. En effet, les lettres à Lescheraine, et celles que
l’on peut supposer à Mme Royale, sont pleines de petits détails
sur les préoccupations et les goûts en vogue. Songeons, pour
illustrer cette idée, aux propos de Mme de Lafayette dans le passage
suivant : « j’ai déjà mandé à Madame Royale que nous
aimions ici tout ce qui vient des Indes jusques au papier qui fait
les enveloppes »42.
Cependant,
de façon plus large, le terme de communication dans ses acceptions
renvoie tout autant à la transmission d’informations qu’à celle
de documents. Au fil de la correspondance, la lettre apparaît comme
un moyen de transmission pluriel. Elle ne se contente pas de
transmettre que des mots et, à travers eux, des informations ou des
nouvelles. La première remarque que l’on peut faire est que la
lettre en contient souvent d’autres comme nous le laisse penser la
lettre de Louvois adressée à la comtesse de Lafayette où il
mentionne une « lettre […] avec des lettres qui y étaient jointes
»43.
Mais plus encore, la lettre peut être accompagnée d’objet en tout
genre. Il peut s’agir d’habits comme le suggèrent la mention
suivante dans une lettre adressée à Lescheraine : « La
robe noire sera reçue avec cette lettre »44.
Mme de Lafayette était, en effet, chargée de 1675 à 168945 de
fournir les hardes de la régente de Savoie. La lettre transmet
également des objets provenant des salons comme « un almanach
qui vient de chez Sapho »46 ou
bien tout bonnement des livres. Tout au long de leur correspondance
Ménage envoie souvent les dernières sorties littéraires notamment
la Clélie de
Mlle de Scudéry. Mme de Lafayette en fait tout autant comme nous le
suggère cette lettre qui mentionne La
Princesse de Montpensier : « vous
[…] donniez [des exemplaires] à Mlle de Scudéry et à Mme Amelot
[…] je prétends que mes œuvres aient place dans votre
bibliothèque »47.
On observe ici le rôle important de la lettre dans la diffusion
littéraire et de ses idées.
Si
on laisse de côté l’objet, la correspondance de notre épistolière
contient et transmet aussi des objets non matériels telles que des
requêtes, des demandes de faveurs, des placets comme le passage
suivant dans une lettre à Ménage : « je vous écrivis hier
pour vous prier de solliciter pour un gros gentilhomme de
Bourgogne »48.
Dans ce cadre, il est possible de classer aussi la présence
régulière de passages qui reflètent ses influences littéraires et
que la lettre transmet au destinataire. Pour illustrer cette idée,
on peut songer au fourmillement de citations latines dans les lettres
que Ménage adresse à Mme de Lafayette ou bien relever la présence
de la forme des maximes comme dans la lettre à Lescheraine
suivante : « l’on donne des conseils, mon cher monsieur,
mais l’on n’imprime point de conduite. C’est une maxime que
j’ai prié M. de La Rochefoucauld de mettre dans les siennes »49.
L’échange et la transmission des lettres passent également dans
le partage d’avis, d’opinion littéraire. Il est possible
d’observer de nombreuses lettres qui ont valeur de commentaire
littéraire. Pour n’en prendre qu’un exemple, on peut songer à
une lettre à Ménage où Mme de Lafayette écrit : « vous
saurez mon sentiment sur les madrigaux […] vous m’avez prié de
vous donner sincèrement mon avis […] »50.
Ces notions d’échange et de transmission peut parfois prendre des
atours vertigineux comme le suggèrent cette lettre adressée à Mme
de Sévigné :
Voilà
un paquet que je vous envoie […] je fus chargée de ce paquet […]
M. de La Rochefoucauld […] s’est chargé de faire tenir le paquet
dont il s’agit. Je vous supplie donc […] de l’envoyer par
quelqu’un de confiance, et d’écrire un mot à Mme de
Northumberland, afin qu’elle fasse réponse, et qu’elle vous
mande qu’elle l’a reçu ; vous m’enverrez sa réponse51
La
lettre permet la transmission d’objet de main en main telle une
chaîne. Elle fait, en effet, montre de l’étendu d’un réseau
social qui se base sur des demandes de services et des services
rendus. Cette dernière citation met davantage en avant la fonction
sociale de la lettre que nous allons à présent étudier.
- La lettre comme moyen de socialisation
Plus
on avance dans la correspondance, plus la lettre semble être la
fibre du lien social. Elle apparaît comme un moyen de socialisation
qui encadre les relations lorsque les liens sont tissés. Elles
peuvent être à leur origine comme le suggère Mme de Lafayette
lorsqu’elle écrit dans une lettre adressée à Ménage : « je
lui ai donné un petit mot de louange, en passant dans ma lettre afin
que cela lui donnât courage de faire connaissance avec vous »52.
On peut renforcer cette idée avec les propos de notre épistolière
vers la fin de sa vie qui, écrivant de moins en moins, confie à
Ménage : « je suis trop vieille pour commencer des
connaissances »53.
Cette citation suggère que l’absence de lettre ou du moins sa
diminution apparaît comme un dépérissement de la vigueur sociale.
En effet, l’absence de pratique de la lettre entre deux
connaissances paraît être comme la mort de leur lien social. Le
réseau que forme les lettres nécessitent un entretien comme le
suggère les propos de notre épistolière lorsqu’elle écrit à
Lescheraine : « ne voulez-vous point écrire à ce pauvre
M. Foucher ? Il ne reçoit aucune lettre de Turin, il est
inconsolable de n’avoir point de nouvelles de Madame Royale […] »54.
La
lettre semble donc faire partie d’un large réseau social, elle
apparaît comme l’un des fils d’une toile plus vaste. Mais, si
l’ensemble des lettres types sont autant de preuve du caractère
social de la lettre, elles mettent aussi en exergue cette idée
d’entretien des liens sociaux en félicitant, en présentant ses
condoléances ou bien une requête. La lettre du 7 novembre 1677 de
Louvois à Mme de Lafayette laisse ainsi entendre qu’elle lui
aurait adressée une lettre de félicitation et que l’intérêt
qu’elle montre à ses affaires le pousse à lui témoigner aussi de
l’intérêt lorsqu’il écrit qu’il aimerai lui « donner
des marques de [sa] reconnaissance par des services […] ».
L’entretien de ce lien permet d’obtenir des faveurs le moment
opportun. On peut songer que Louvois excepte ainsi de fermer les yeux
sur la présence non-autorisée de René-Armand de Lafayette à
Paris dans sa lettre du 22 février 1684. Cette dernière idée met
en lumière le fait que la lettre et son contenu sont considérés
comme ayant un véritable impact sur la société. La lettre dévoile
tout, elle est porteuse de nouvelles susceptibles de chambouler. Mme
de Lafayette semble penser que l’opinion que donne le correspondant
qui annonce la nouvelle influe sur la réception des autres. Dans
une de ses lettres, elle se plaint auprès de Lescheraine qui ne la
met pas au courant des événements qui arrive à Turin. Outre l’idée
de réseau qui transparaît, Mme de Lafayette se plaint ici parce
qu’il ne lui expose pas ses pensées, ses raisonnements au sujet de
ces événements lorsqu’elle lui écrit la remontrance suivante :
Il
semble que pourvu que vous n’en n’écriviez point vous croyez que
personne n’en écrira, et pourvu que vous ne raisonniez point sur
les causes personne ne raisonnera. Tout est su ici dès qu’il est
pensé à Turin55
En
tant que relais des nouvelles provenant de Turin à la Cour, Mme de
Lafayette reproche à Lescheraine de ne pas lui communiquer ce qu’il
pense la mettant ainsi dans l’embarras, ne savant quoi répondre
lorsqu’on l’interroge et ne pouvant expliquer les raisons et les
conséquences de ce qui arrive à la cour de Savoie. On constate ici
que la lettre et les avis que transmettent les correspondants ont une
action concrète dans l’opinion de la société grâce à la
transmission effectuée par le destinataire. Allons plus loin, la
lettre et son contenu peuvent apparaître comme une arme dans l’arène
sociale comme semble nous suggérer la lettre de Louvois qui écrit au
sujet des informations que lui a transmises Mme de Lafayette : « je
me servirai de ce qu’elle contient si j’entends dire quelque
chose qui me le fasse juger à propos ; sans quoi, usant de la
liberté que vous me donnez, je n’en dirai pas une parole »56.
Ainsi
donc, la lecture de la correspondance nous offre une description de
la pratique épistolaire dans sa matérialité comme dans ses
différentes fonctions sociales nous montrant que la lettre est un
objet dont les fonctions doivent être mises au pluriel.
La
lettre comme un miroir de l’intériorité du moi écrivant
On
a évoqué précédemment le fait que la lettre était un fragment du
réel dans laquelle il était souvent question d’une sorte de
« mémoire de nouvelle ». Très souvent, l’épistolier
donne ou demande des nouvelles concernant des personnes qu’il
connait, sur les événements et les faits marquants qui ont lieu.
Mais, s’il s’agit d’une part importante de la correspondance,
ce n’est pas un élément qui la définirait strictement. Mme de
Lafayette le met en exergue dans sa lettre du 19 mai 1657 à Ménage
lorsqu’elle écrit :
Vous
avez tellement retranché de vos lettres tout ce qui n’est pas des
nouvelles que vous n’y dites pas un mot de vous ni de moi. Quand il
vous plaira vous m’écrirez car cela ne s’appelle pas écrire –
au moins à mon sens57.
D’une
certaine façon, on peut dire que Mme de Lafayette insiste sur les
différentes fonctions du langage. La lettre ne doit, en effet, pas
seulement suivre la fonction référentielle de la théorie de
Jakobson, elle doit aussi suivre d’autres fonctions comme la
fonction émotive. On observe ainsi une tension entre un contenu que
l’on dira général et un contenu particulier. Si on attend des
nouvelles du monde et des affaires en cours, un contenu plus
personnel ayant un rapport au destinataire autant qu’à
l’épistolier est aussi attendu. Ainsi, la lettre est le lieu de
l’intime où l’on apprend des informations d’ordre personnel
sur notre épistolière mais aussi où ces informations nous
parviennent peut être parfois malgré elle.
- Vie privée et préoccupations
Etant
une correspondance authentique, la lettre nous dévoile des éléments
très personnels de la vie de Mme de Lafayette que sans doute notre
épistolière aurait préféré voir rester confidentiels. On peut
songer à certaines affaires regardant son fils, René-Armand, dont
Louvois, dans sa lettre du 4 août 1682, rapporte les frasques
lorsqu’il prévient notre épistolière que « la conduite que
tient M. de Lafayette à Strasbourg n’est pas bonne, qu’il boit
souvent et avec excès […] »58.
De façon plus personnelle encore, concernant sa vie de femme, on
peut songer à la mention d’une fausse couche dans la lettre du 27
août 1655 à Ménage et du péril qu’a représenté son second
accouchement lorsqu’elle écrit : « quoique je sois
accouchée très heureusement […] je n’espère pas mieux de ma
santé […] je crois que ma destinée est de ne point en avoir »59.
On comprend peut être ici que l’expérience a dû être à la fois
violente et marquante pour notre épistolière, expliquant ainsi
pourquoi elle n’a pas eue de troisième enfant. Elle confie aussi à
ses amis intimes des éléments qui relèvent de la vie personnelle
de ses proches comme la fausse couche de sa belle-fille ou encore la
maladie de son fils. Vers la fin de sa vie, certaines lettres de Mme
de Lafayette contiennent des confidences personnelles qui donnent à
voir la façon de penser à son époque notamment au sujet des filles
lorsqu’elle écrit à Mme de Sévigné au sujet de sa petite
fille : « Mlle de Lafayette est une plaisante demoiselle,
je suis si éloignée de me fâcher que je ne suis pas même fâchée
d’avoir cette belle demoiselle plutôt qu’un garçon »60.
La
lettre révèle le moi également à travers son contenu. Elle est un
véritable reflet des préoccupations générales et quotidiennes de
l’épistolière. Il peut s’agir d’événements triviaux tels
que la présence de voleurs ou l’aide à trouver une nourrice, une
maison sur Paris ou encore un moyen de transport ; comme
d’éléments plus sérieux qui ont un effet sur l’écriture de la
lettre. Pour illustrer cette idée, songeons que la lettre du 3
juillet 1657 à Ménage est assez révélatrice de l’emprise que
peut avoir les préoccupations sur le moi écrivant. Mme de Lafayette
étant en plein procès, sa lettre est imprégnée de termes
juridiques tels que « conseil », « avocats »,
« Grande chambre », « aux Enquêtes » ou
encore « papiers de chicane ». La santé est, d’autre
part, l’une des préoccupations qui ne cesse de revenir dans les
lettres. On prend des nouvelles sur la santé des autres, on donne
des nouvelles sur la santé des autres, on demande des nouvelles sur
la santé du destinataire et, surtout dans le cas de Mme de Lafayette
qui est d’une santé fragile et vacillante, on donne des nouvelles
de sa propre santé. Il existe de longs passages dans lesquels Mme de
Lafayette décrit ses symptômes qu’il s’agisse de fièvre, maux
de têtes, vapeurs, mal de jambe ou encore manque d’appétit ;
avec eux, différents moyens pour se soigner tels que boire les eaux
ou encore faire des saignés. Avec les années, la santé devient
presque une obsession comme nous le montre la lettre de septembre
1691 à Ménage où notre épistolière décrit ses maux en détails
avec une certaine complaisance. Elle fait la peinture de sa propre
décrépitude et finit sur une pointe d’ironie en écrivant :
« voilà, monsieur, l’état de cette personne que vous avez
tant célébrée »61.
Avec le temps, on se retrouve aussi confronté à un langage de la
vieillesse qui influence le style. La pensée de la mort est de plus
en plus présente dans les lettres de Mme de Lafayette comme nous le
suggère les passages tels que « ce qui me reste de vie se
passera languissante, un jour meilleur que l’autre »62 ou
encore « presque tout le monde perd la moitié de soi-même
durant que d’avoir attrapé la mort »63.
La mention de Dieu devient également de plus en plus fréquente dans
ses formules. On relève ainsi des mentions telles que « la
volonté de Dieu »64,
« quant il plait à Dieu »65 ou
encore « Dieu me garde »66.
On constate donc que le moi se révèle malgré lui à travers le
style qu’il s’agisse du vocabulaire choisi ou bien des formules.
- Le destinataire, indicateur d’intimité et de familiarité
Ces
éléments personnels nous montrent bien que la lettre est le lieu de
l’intime où l’on apprend des informations très personnelles sur
l’épistolière et où l’on peut voir que les préoccupations
influent sur le moi écrivant. Cependant, on accède aussi à
l’intériorité du moi écrivant en observant le niveau d’intimité
qu’entretient l’épistolier avec ses correspondants. Certaines
lettres nous font, en effet, entrer dans tous ce qu’il peut y avoir
d’intime et de familier dans les relations, les liens de notre
épistolière avec ses destinataires. Prenons, pour exemple, sa
relation épistolaire avec Mme de Sévigné. L’un des premiers
indicateurs de l’intimité est la façon dont notre épistolière
s’adresse à sa destinataire. On relève ainsi des adresses telles
que « adieu, ma belle »67,
« adieu, ma très chère »68 ou
encore « adieu, mon amie »69.
Le possessif systématique et l’appellation affectueuse sont autant
de marques de familiarité et d’intimité. Si l’on compare avec
d’autres destinataires, on constate un écart flagrant. En effet,
lorsqu’elle s’adresse à Mme Royale, notre épistolière utilise
souvent la troisième personne du singulier, donnant un effet de
distanciation, comme en atteste la citation suivante : « j’ai
reçu à la fois deux lettres de V. A. R. »70.
Cette dernière abréviation n’est pas une mention unique, on la
retrouve environ neuf fois dans cette même lettre. Il est possible
de comprendre cette différence d’intimité par la position sociale
de Mme Royale, régente de Savoie. Lorsqu’elle s’adresse à cette
dernière, Mme de Lafayette se nomme elle-même « zélée
servante »71 alors
qu’elle n’hésite pas à écrire à Mme de Sévigné : « eh
bien, eh bien, ma belle, qu’avez-vous à crier comme un aigle ? »72.
La comparaison animalière pouvant être perçue comme dégradante,
notre épistolière ne se la permet qu’avec son amie. Un autre
indicateur certain de la proximité des deux femmes réside dans
la mention d’éléments personnels. Songeons, par exemple, que Mme
de Lafayette appelle le fils de Mme de Sévigné « charlot »73 dans
une lettre datant de 1654. L’usage de ce quolibet, malgré le jeune
âge du fils de la marquise, fait montre de cette proximité. On peut
aussi jaugée le caractère proche de leur amitié par la familiarité
dont fait parfois preuve notre épistolière dans certaines de ses
lettres, une familiarité dont d’autres pourraient s’offusquer.
Prenons, pour illustrer cette idée, une lettre de vieillesse dans
laquelle Mme de Lafayette écrit à la marquise : « il est
question, ma belle, qu’il ne faut point que vous passiez l’hiver
en Bretagne à quelque prix que ce soit ; vous êtes vieille
[…] »74.
Cette déclaration un peu abrupte nous révèle aussi le caractère
franc de notre épistolière. D’autre part, Mme de Lafayette
connait son amie et sait utiliser contre elle ses points sensibles.
Songeons que lorsqu’elle transmet la requête d’argent du fils de
Mme de Sévigné, notre comtesse joue habilement avec ce qu’elle
sait sur le caractère de son amie lorsqu’elle lui écrit :
« […] et de plus, la grande amitié que vous avez pour Mme de
Grignan fait qu’il faut témoigner à son frère »75.
De plus, certaines lettres entre les deux correspondantes prennent
parfois des atours de potins entre copines comme le suggère notre
épistolière lorsqu’elle écrit : « Adieu, je suis bien
en train de jaser […] »76.
Le
degré d’intimité et de familiarité avec le destinataire est
aussi important parce qu’il possède un effet stimulant sur
l’épistolière et son écriture. Les lettres à Mme de
Sévigné sont, en ce sens, les plus intéressantes. On y note un
style plus enjoué, une recherche d’amusement dans le ton et la
forme. Les lettres du 30 juin et du 14 juillet 1673 sont les plus
marquantes. On y observe un rythme notamment avec la répétition de
la question « écrirai-je ? » dans la lettre du 30
juin ainsi qu’une mise en scène avec la simulation d’un dialogue
dans la lettre du 14 juillet. Mme de Lafayette écrit, en effet, les
propos suivants : « êtes-vous malade ? nani ;
êtes-vous faible ? nani »77.
Traitant pourtant du même thème qu’est la santé, Mme de
Lafayette l’aborde ici avec une espièglerie et un ton de
complicité que l’on ne trouve pas forcément avec les autres
destinataires, même avec des amis proches tels que Ménage. On
comprend donc que le destinataire fait ressortir chez l’épistolière
certains traits de caractère ou encore sentiment dont la lettre et
son écriture se font témoins.
- La lettre comme un lieu de dévoilement
Au-delà
d’informations personnelles d’ordre factuel, la lettre est le
lieu d’un dévoilement pour le moi écrivant. De fait, la lettre
apparaît, à certains égards, comme un lieu de confession du moi.
Dans sa lettre adressée à Mme de Lafayette, l’abbé de Rancé,
écrit :
Je
ne sais pourquoi je vous fais tout ce détail, que je n’ai jamais
fait à personne ; car quoique vous l’avez désiré de moi
j’aurais pu ne le pas faire sans que vous y eussiez trouvé à
redire, mais j’ai cru qu’il valait mieux l’exposer sincèrement
à vos réflexions sur la parole que vous m’avez donné que ce
serait un secret inviolable78
Il
souligne par ces propos le fait que la correspondance est le lieu à
la fois du secret et de la sincérité mais aussi du dévoilement de
soi. Les correspondants semblent pouvoir si dévoiler
« sincèrement », comme si le format de la lettre
incitait à s’épancher sans fard allant presque à l’encontre de
l’idée que les écrits restent, ou encore la connaissance que les
lettres peuvent être montrées, vues. Peut-être s’agit-il de la
forme de la lettre ou bien du caractère confidentiel qui lui est
accordé mais, quoiqu’il en soit, la lettre apparaît comme un
espace où le moi peut se laisser aller à l’expression de ses
sentiments. On relève, dans certaines lettres adressées à Ménage,
des propos tels que : « mandez moi un peu à quoi je m’en
dois tenir et dîtes-moi sincèrement quelle place je tiens
présentement dans votre cœur »79.
Mme de Lafayette affirme et réaffirme son affection pour Gilles
Ménage et l’exhorte à en faire autant. Même s’il peut parfois
s’agir d’un jeu galant entre les deux correspondants, certains
éléments peuvent nous laisser croire que les sentiments qui
unissent les deux épistoliers sont très forts, à la limite de
l’amour. Il est, en effet, possible de relever un nombre conséquent
de mentions telles que celle-ci : « souvenez-vous […]
que ce fut pour me plaire que vous vous mîtes à l’étudier du
temps que vous m’aimiez plus que vous ne faites à cette heure »80.
Cette expression des sentiments peut parfois paraître de façon
excessive comme en témoigne les propos suivants :
Je ne
puis vous dire quelle joie que j’ai que vous ayez reçu avec
plaisir les assurances que je vous ai données de mon amitié :
je mourrais de peur que vous ne les reçussiez avec une certaine
froideur […]81
On
note ici le caractère hyperbolique de l’expression de Mme
Lafayette à travers les termes « quelle joie » ou encore
« mourir de peur ». Cette citation nous montre également
l’influence précieuse et galante avec l’image topique de la
« froideur » des sentiments de l’amant. Ceci peut nous
laisser penser qu’il y a un jeu galant entre le maître et l’élève
surtout quand on rencontre des métaphores galantes évidentes telles
que, dans la lettre du 8 novembre 1655, où notre épistolière
écrit : « adieu, si mes yeux vous avaient fait du
mal vous en serez vengés par celui que je leur fais en vous
écrivant »82.
Il s’agit là, en effet, d’un cliché galant selon lequel l’amour
brûle dans les yeux des amants. Si le jeu est donc possible, croire
qu’il y a une tendresse entre les deux correspondants n’est pas
improbable. Après son mariage, Mme de Lafayette se plaint, en effet,
de la prise de distance nouvelle et soudaine de Ménage et le
querelle sur son manque d’assiduité dans leur commerce
épistolaire. D’autre part, on trouve, dans l’une de ses lettres
peu de temps après son mariage, les propos ambigus suivants :
« n’examinons point quelles raisons vous ont empêché
d’avoir de mes nouvelles et moi des vôtres ; demandons-nous
pardon […] et devenons bons amis »83.
Cette
dernière citation suggère également l’idée que la lettre semble
parfois être le lieu où l’épistolière cherche à se convaincre
ou à entretenir une certaine image d’elle-même. En tant que
lecteur extérieur, nous sommes dans une position distanciée
particulière qui nous rend possible de démasquer une certaine
attitude de celui qui écrit. En effet, on peut percevoir parfois
chez Mme de Lafayette le désire de se convaincre elle-même en même
temps que son destinataire à travers des formulations telles que
« Quand on se croit heureux vous savez que cela suffit pour
l’être »84 ou
bien « je suis persuadée que l’amour est une chose incommode
que j’ai de la joie que mes amis et moi soyons exempts »85.
Ces propos participent à l’entretien de certaines conceptions de
l’amour chez notre épistolière et nous laisse entrevoir
l’influence de certaines idées philosophiques que l’on retrouve
par la suite dans ses romans comme La Princesse de Clèves.
Ainsi,
on s’aperçoit que pour notre épistolière la lettre doit être le
lieu de l’expression de l’intimité, le lieu où les sentiments
peuvent s’exprimer. Mais, si l’auteur des lettres se révèle
lui-même de manière consciente, la lettre révèle parfois son
intériorité malgré lui.
*
Ainsi
donc, en conclusion, au cours de notre étude nous avons pu constater
que l’authenticité de la correspondance de Mme de Lafayette
résidait dans ce que le texte avait de particulier et inattendu,
c’est-à-dire ses lacunes comme ses déviances aux modèles
préétablis. Il nous été possible de constater que l’ambiguïté
du corpus résidait dans le fait que la correspondance n’était pas
une œuvre maîtrisée par notre épistolière, cela mettant en
exergue la spontanéité du style. Dans le cadre de ce corpus
authentique, nous avons pu observer deux grandes tangentes, deux
grandes facettes de la pratique épistolaire chez Mme de Lafayette.
Une première que l’on pourrait qualifiée de concrète. La
correspondance de la comtesse reflète, en effet, la dimension
pratique et réelle des lettres mais elle montre aussi le pouvoir des
lettres dans le jeu social à travers leur capacité de transmission
et d’influence. Une seconde facette nous est apparue que nous
décrirons, cette fois, de plus personnel et dématérialisée. Les
lettres nous sont, en effet, apparues comme le lieu où l’intériorité
du scripteur se dévoile parfois consciemment mais, la plupart du
temps, de façon inconsciente. La lettre dit autant, si ce n’est
même plus, sur le scripteur que ce que celui-ci cherche à lui faire
dire. Au terme donc de cette étude, la lettre apparaît d’une
richesse dont on a seulement égratigné la surface. De fait, une
analyse stylistique des lettres plus poussées révéleraient sans
aucun doute davantage d’informations sur notre épistolière.
___________________________
1 On trouvera, en annexe 3, une description basée sur l’édition de la Pléiade qui identifie de manière plus poussée les périodes et la fréquence de la correspondance de Mme de Lafayette.
2 Voir l’annexe 2 : Chronologie succincte autour de Mme de Lafayette et du XVIIe siècle établie à partir de la chronologie de l’édition de la Pléiade.
3 Mme de Lafayette, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Pléiade, 2014, p. 1429.
4 Voir l’annexe 1 : Graphique représentant le nombre de lettres écrites par Mme de Lafayette par année.
5 Mme de Lafayette, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Pléiade, 2014, p. 987.
6 Ibidem, p. 941.
7 Ibidem, p. 876.
8 Selon Le Furetière de 1690 : « Sympathie, subst. fém. Convenance ou conformité de qualités naturelles, d'humeurs, ou de tempérament, qui font que deux choses s'aiment, se cherchent et demeurent en repos ensemble ».
9 Mme de Lafayette, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Pléiade, 2014, p. 960.
10 Ibidem, p. 870.
11 Ibidem, p. 1051.
12 Ibidem, p. 884.
13 Ibidem, p. 989.
14 Ibidem, p. 842.
15 Ibidem, p. 1007.
16 Ibidem, p. 1050.
17 Ibidem, p. 895.
18 Ibidem, p. 899.
19 Ibidem, p. 844.
20 Ibidem, p. 862
21 Ibidem, p. 1048.
22 Ibidem, p. 897.
23 Ibidem, p. 855.
24 Ibidem, p. 897.
25 Ibidem, p. 892.
26 Ibidem, p. 939.
27 Geneviève Haroche-Bouzinac, L’épistolaire, Paris, Hachette, 1995, p. 3.
28 Mme de Lafayette, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Pléiade, 2014, p. 844.
29 Idem.
30 Ibidem, p. 925.
31 Ibidem, p. 857.
32 Pour davantage de précisions, voir l’annexe 3 : Description des périodes et de la fréquence de la correspondance de Mme de Lafayette.
33 Mme de Villars, Lettres de Mmes de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé, Paris, Collin, 1805, T. 2, p. 7.
34 Mme de Lafayette, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Pléiade, 2014, p. 849.
35 Ibidem, p. 850.
36 Ibidem, p. 849.
37 Voir l’annexe 3.
38 Mme de Lafayette, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Pléiade, 2014, p. 880.
39 Ibidem, p. 907.
40 Marie-Claire Grassi, Lire l’épistolaire, Paris, Colin, 2005, p. IX.
41 Mme de Lafayette, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Pléiade, 2014, p. 906.
42 Ibidem, p. 1015.
43 Ibidem, p. 1024.
44 Ibidem, p. 1016.
45 Voir l’annexe 2.
46 Ibidem, p. 887.
47 Ibidem, p. 932.
48 Ibidem, p. 879.
49 Ibidem, p. 994.
50 Ibidem p. 869.
51 Ibidem, p. 974.
52 Ibidem, p. 897.
53 Ibidem, p. 1086.
54 Ibidem, p. 1018-1019.
55 Ibidem, p. 1007.
56 Ibidem, p. 1034.
57 Ibidem, p. 896.
58 Ibidem, p. 1021.
59 Ibidem, p. 919.
60 Ibidem, p. 1061.
61 Ibidem, p. 1057.
62 Ibidem, p. 1067.
65 Ibidem, p. 1082.
66 Ibidem, p. 1083.
67 Ibidem, p. 975.
68 Ibidem, p. 977.
69 Idem.
70 Ibidem, p. 985.
71 Ibidem, p. 980.
72 Idem.
73 Ibidem, p. 850.
74 Ibidem, p. 1048.
75 Ibidem, p. 977.
76 Ibidem,p. 982.
77 Idem.
78 Ibidem, p. 1039.
79 Ibidem, p. 867.
80 Ibidem, p. 875.

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