dimanche 24 juillet 2016

Etude du prologue du Jeu de la Feuillée d’Adam de la Halle.



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Adam de la Halle est un poète arrageois du XIIIe siècle, de ce fait, aucun document administratif n'a gardé sa trace et donc tout ce que l’on sait de lui nous vient de ses écrits. Le Jeu de la feuillée date de 1276-1277. Il s’agit d’un œuvre dramatique dans laquelle le poète intervient lui-même. Elle reprend le thème du « congé » mais avec un ton bien plus grinçant car usant des traditions littéraires qu’il connaît, Adam de la Halle se permet de critiquer certains éléments de sa société. Le motif de la pièce est la décision d’Adam de quitter Arras pour reprendre ses études de clerc. L’extrait que l’on va étudier se situe au tout début de l’œuvre, de fait il s’agit des trente premiers vers. On peut considérer ce passage comme le prologue contenu de sa position initiale mais également par les fonctions qu’il remplit. En effet, comme tout bon prologue, il est la première partie d'une œuvre littéraire ou dramatique et sert à situer les personnages et l'action. On peut ainsi se demander en quoi ce passage, tout en remplissant les fonctions primaires du prologue, est le lieu où Adam de la Halle établit à la fois une argumentation et une véritable poétique pour sa pièce.

On peut voir dans ce passage trois mouvements différents qui rythment le prologue et son argumentation. Dans un premier temps, des vers 1 à 11, l’annonce fondatrice de son œuvre ; dans un deuxième temps, des vers 12 à 23, il s’agit de l’irruption du dialogue par lequel Adam fait intervenir la pensée des bourgeois et des habitants d’Arras ; enfin, dans un dernier mouvement, des vers 24 à 33, c’est l’occasion pour le poète d’affermir sa décision et d’affirmer son art.

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On peut, dans un premier temps, distinguer un premier mouvement des vers 1 à 12 avec la réplique d’Adam qui commence Le Jeu de la feuillée. On peut la distinguer parce qu’elle se présente comme une véritable annonce de l’auteur. Dans ce passage, Adam de la Halle annonce les grands thèmes du Jeu de la Feuillée et sa visée.

La première réplique du Jeu de la feuillée est donc à son auteur. Elle se compose de trois quatrains en alexandrins qui annoncent une poésie grave, un ton sérieux. Le poète y annonce sa décision de quitter Arras pour reprendre ses études et y fait un bilan du temps qu’il a passé dans cette ville. On peut donc en déduire que l’enjeu même de la pièce tourne autour d’Adam de la Halle et de cette décision, ce qui va être dit annonce les raisons de l’écriture du Jeu de la feuillée. De plus, cette réplique prend la fonction d’un prologue puisqu’elle nous situe le personnage et l’action. Elle nous situe le personnage, d’abord, avec Adam de la Halle qui est un poète et un intellectuel puisqu’il reprend l’habit de clerc qui, au moyen âge, était la figure de l’intellectuel car il savait lire et écrire le latin. Elle nous situe l’action, ensuite, parce que dès les premiers vers, Adam nous indique son intention de « prendre congé » et donc de quitter Arras pour réaliser son rêve en prenant la route de Paris. Notons que Paris étant la capitale, est aussi le symbole de la connaissance et de l’étude ici. Elle est vue comme le lieu où le poète compte réussir, comme l’endroit où, plus loin dans l’extrait, il peut faire « fructifier » son talent. Dans ce premier mouvement, il est aussi question d’affirmer de façon imagée le dessein du Jeu de la Feuillée mais également une sorte de poétique. En effet, on peut noter la présence de la métaphore des pots brisés au vers 11 que l’on retrouve chez Jean BODEL et qui rappelle le vers 534 du DERVE. Ici, les « tessons » font allusion au faite que la carrière d’Adam a été interrompu et doit recommencer, dans un premier temps, mais ils font aussi, dans un second temps, référence à l’idée que Adam s’inscrit dans une tradition faite de topoï, de motifs. Ces topoï sont les tessons i.e. l’assemblage de ses topoï est égale à la construction de l’œuvre comme on le ferait pour un vase. L’usage des traditions est donc un élément fondateur et constructeur de l’œuvre d’Adam de la Halle. C’est comme s’il inscrivait son œuvre comme construite sur des traditions qui réunit par ses soins fond du Jeu de la feuillée une œuvre complète et unifiée.

Ce passage est marqué par le changement que l’on peut voir dans le texte par le mot « maintenant » qui montre une rupture après l’utilisation de la conjonction de coordination « mais » aux vers 4-5. Ce changement apparaît aussi chez le poète. Adam de la Halle se présente comme changé et cela à différents niveaux : un changement, d’abord, physique ; il apparaît vêtu d’ « un autre costume » que l’on devine par la suite être celui de clerc grâces aux répliques qui suivent : « je reprends ma place parmi les clercs » (V1). Par ce changement d’habit (clerc est vêtu de noir et porte la tonsure), Adam de la Halle se présente dans son costume d’étudiant, en « escoliers ». Il montre donc physiquement que sa décision est prise. Ensuite, un changement mental est visible dans ses paroles ; Adam de la Halle dit avoir « retrouver sa lucidité, malgré l’envoutement qui le tient, après une grave maladie revient une excellente santé » (V7-8). Il se présente comme guéri, libéré et veut par là rassurer les bourgeois en les confortant dans l’idée qu’il est prêt à partir.

Cependant, la façon dont ses changements sont exprimés s’inscrit dans des traditions et des topoï que nous avons déjà affirmés comme étant fondateurs pour Le Jeu de la feuillée. D’abord, Adam de la Halle exprime, au vers 4, sa décision de « prendre congé » qui exprime, d’une part, son désir de se séparer mais aussi une marginalité, un désir de souligner sa différence. Notons que le « congé » est un genre poétique qui se sert d’un « je » parlant de sa situation personnelle comme c’est le cas des poètes comme Jean Bodel ou Baude Fastoul qui traitent de leurs maladies. Mais, le « congé » est aussi un genre qui apparaît dans la lyrique troubadouresque rattachant le genre au thème de l’amour. Adam de la Halle retient les deux aspects de cette tradition car il quitte Arras pour s’isoler mais il quitte aussi sa femme. Le poète affirme par son désir de partir son appartenance à une tradition poétique dès les premières lignes du prologue. Notons également que le fait qu’Adam de la Halle apparaisse comme personnage ajoute à l’idée de dramatisation de sa situation personnelle qui est déjà présente par le genre du congé. Par la suite, il met en évidence l’une des premières tensions de la pièce, celle du « clergie » et de l’amour. Il nous expose ici son intention de reprendre ses études, ce qui nous laisse suggérer qu’à première vue, il a été empêché par l’amour de continuer sa formation d’intellectuel. Adam de la Halle se présente comme victime d’un amour perçu comme un enchantement. Il veut prouver qu’il s’est libéré de l’amour et affirme de ce fait qu’il est guéri. On trouve ici le topos de l’amour comme enchantement mais aussi celui de l’amour comme maladie qui remonte à l’antiquité i.e. l’amour est vu comme un dérèglement des humeurs, comme une pathologie. On considère, en effet, l’amoureux comme un malade, un aliéné car il est hors de lui-même, il ne s’appartient plus à lui-même. Dans la continuation de cette idée, on trouve le thème de la folie qui sera présent tout au long de l’œuvre avec la présence du Dervé mais qui justifie aussi le titre de l’œuvre : la feuillé étant une homophonie de « folie ». Néanmoins, il n’y pas de blâme accordé à cet amour, il est plutôt valorisé parce qu’Adam de la Halle affirme lui-même, aux vers 9 et 10, qu’il n’a pas perdu son temps et qu’il a été un « amant loyal ». Adam de la Halle se distingue de la tradition, il affirme une indépendance et son originalité en faisant le choix de ne pas suivre cette tradition du clerc mal marié.

De plus, ce premier mouvement est très construit, Adam cherche à convaincre, comme nous l’avons déjà dit précédemment, les bourgeois dont il dépend des largesses pour accomplir son voyage. Il veut donc se présenter comme guéri et oppose, de ce fait, à ce topos de « folie » si récurrent dans son œuvre, le terme de « lucidité » retrouvée. Ajoutons à cela, l’usage de la conjonction « donc », au vers 12, qui nous montre bien qu’il s’agit d’une décision raisonnée et réfléchie et non pas l’effet de « vaines vantardises » (v6). Ce premier mouvement est un discours articulé qui pose dès les premiers vers du prologue les lignes de conduite de l’œuvre du poète.

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On peut voir dans les vers 12 à 23, un second mouvement avec l’intervention d’un autre personnage, Richesse Auri, qui met fin au monologue du poète et nous fait entrer réellement dans la pièce en commentant la décision d’Adam de la Halle. En effet, à partir de cette réplique, Adam de la Halle insère le dialogue entre le poète et d’autres personnages et ces derniers entre eux. Le Jeu de la feuillée n’est donc pas un monologue d’Adam de la Halle mais bien une pièce où différents personnages interviennent et argumentent avec le poète et entre eux. Ainsi, passant à la polyphonie, il nous fait entrer dans la représentation après ce qui ressemblait plus à une annonce formelle et officielle.

Les deux personnages à intervenir dans ce prologue et ce deuxième mouvement, « Riquier Auri » et « Hans li merciers », ne sont pas anodins, ce sont, en effet, des figures représentatives des bourgeois d’Arras à qui Adam s’adresse pour obtenir les largesses i.e. le support financier nécessaire pour reprendre ses études. Leurs noms sont en ce la très représentatifs et insèrent le thème de l’argent qui est un enjeu important dans la pièce. Tout d’abord, « Riquier Auri » est un nom qui est, en soi, tout tourné vers l’argent. On peut ainsi noter que « Riquier » signifie « richesse » et que « Auri » signifie « or ». Il introduit donc par son pseudonyme ce thème important de la pièce et l’un des grands enjeux du Jeu de la feuillée. Ensuite, « Hans li merciers » est un nom qui est un véritable clin d’œil à la ville d’Arras et son pouvoir commercial. En effet, un mercier est une personne qui vend des articles de couture et l’on sait que la ville d’Arras était, à l’époque d’Adam de la Halle, l’un des grands centres commerciaux d’Europe notamment réputé pour son commerce de draps. Ce terme renvoie aussi à l’idée de marchands que l’on peut désigner comme les bourgeois d’Arras. Il s’agit donc, par le choix de ce personnage, de symboliser ce pouvoir commercial et financier qu’il inclut avec lui. Dans la continuation de cette idée, on peut noter que le thème de l’argent est également présent dans les propos des personnages eux même. On peut ainsi relever, au vers 18, la réplique de Hans le mercier lorsqu’il parle d’« un profit de deux deniers par livre » associant la réplique précédente du poète qui parlait de l’adresse de « Riquier Amion » dans son livre (v16) au thème de l’argent.

On peut également voir ici un second mouvement car, par l’intervention d’un autre personnage, par cette parole donnée à l’autre, Adam de la Halle introduit et anticipe une réponse de ceux qui viennent d’entendre l’annonce de sa décision concernant se reprise d’étude. En effet, c’est, dans un premier temps, l’expression d’une voix commune qui nous est donnée. On peut le noter par l’emploi d’expressions telles que « jamais d’Arras » (v14) qui renvoie bien à une globalité i.e. les habitants d’Arras ou bien « personne n’ose vous faire des reproches » (v20) qui met bien en avant l’opinion d’une majorité même que Hans met à jour. Néanmoins, dans un second temps, ce sont les doutes et les questions des bourgeois qu’Adam de la Halle fait incarner à ses personnages face à l’annonce de sa décision : il anticipe et répond aux demandes qu’il a deviné en les mettant dans les bouches de Riquier et Hans. La première opposition est évoquée par Riquier. Il doute, en effet, du caractère vraisemblable de ce que suggère Adam. Pour cette raison, il insiste sur le fait que « jamais d’Arras n’est sorti un grand clerc » (v13) et met en avant l’idée que le poète est naïf, qu’il se berce « d’illusions » s’il croit y parvenir. De plus, en usant du terme d’ « exploit » (v14), Riquier insiste sur le fait qu’il s’agit d’une tache difficile et que son entreprise peut paraitre vaine si l’on s’arrête sur l’Histoire d’Arras et de ses annales où aucun clair brillant ne s’est démarqué. Face à cette première opposition, Adam de la Halle rétorque en nommant « Riquier Amion » comme étant un « grand clerc, très adroit de son livre » (v16-17). Il donne donc un exemple de réussite pour contrer le caractère irréalisable mis en avant par Riquier. Par la suite, la seconde opposition qui lui peut être faite et qu’il met dans la bouche de Hans porte sur un des traits de caractère du poète. Hans l’assène d’avoir un esprit « changeant » (v21), il fait donc référence au faite qu’Adam de la Halle a déjà changé d’avis, peut être fait il référence à son mariage avec Marie ou bien anticipe t-il la fin du Jeu de la Feuillé avec le don de Mandragore et la scène finale de la taverne. Quoi qu’il en soit réellement, c’est Riquier qui répond à cette seconde opposition. On a ici un début de portrait d’Adam et de la portée de sa décision : Adam apparaît comme quelqu’un de « changeant » mais de capable de réaliser ce qu’il énonce car étant têtu, comme nous le laisse présager la réplique de Riquier : « est ce que vous imaginez (…) qu’il pourrait réaliser ce qu’il annonce ? » (v22-23). Dans la même idée, on peut voir dans la première opposition émise par Riquier une manière pour le poète de glorifier son entreprise et lui donner un caractère exceptionnel. Ajoutons à cela que la question posée par Riquier au vers 23, laisse un suspense concernant la possible réussite de l’entreprise du poète.

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On peut enfin voir un dernier mouvement, des vers 24 à 33, avec la réponse d’Adam de la Halle aux doutes et son affirmation concernant le fait que sa décision est prise, évoquant pour cela sa situation et ses raisons. Le poète, qui ouvrait le Jeu de la feuillée, en clôt également le prologue par une annonce plus ferme de son désir de quitter Arras et de reprendre ses études.

Alors que dans le second mouvement, Adam de la Halle anticipait les doutes de son entourage en les plaçant dans les paroles de ses personnages ; dans ce troisième et dernier mouvement, il pointe directement les doutes lorsqu’il dit « chacun, à ce qu’il me semble, prend mes propos pour de méprisables billevesées » (v24-25) i.e. son annonce est perçue comme des propos frivoles n’étant pas digne de respect. Il met ici, de façon directe, en évidence l’attitude générale qui reçoit sa décision mais, néanmoins, le poète ne se laisse pas pour autant troubler, il reste ferme concernant sa décision et insiste à nouveau comme pour établir définitivement cette décision prise. On peut le noter avec l’usage de la conjonction de coordination « mais » (v26) qui montre son désir de faire face aux oppositions qui se dressent contre sa décision, d’une part. D’autre part, on peut le comprendre par le contenu de ses propos. Adam de la Halle affirme avoir gouté à ce que la vie d’Arras à offrir et que rien ne peut le retenir d’avantage dans cette ville lorsqu’il écrit : « je tiens à vous dire que je n’aime pas assez les plaisirs de la vie arrageoise pour leur sacrifier la quête du savoir. » (V28-30). Il émet, par cela, sa préférence pour le savoir et l’intellectuel sur les plaisirs du corps et de sa vie à Arras. Notons que par l’usage du terme « sacrifier », le poète marque une opposition entre les deux et la nécessité pour lui de choisir. L’un ne pouvant aller avec l’autre, le poète ne peut continuer de vivre à Arras et espérer reprendre ses études : une séparation est nécessaire et Adam de la Halle, par ces propos, affirme être prêt et même préférer le savoir aux « plaisirs ».
Il montre à nouveau le caractère solitaire et marginal que présupposait le genre du congé en affirmant : « la nécessité m’oblige à ne compter que sur moi » (v26-27). Par ces vers, il réactive également, à nouveau, le motif de l’argent qui était déjà présent auparavant. Notons que, par la suite, il est fait référence au faite que Maître Henri, le père d’Adam, est un avare et ne compte pas financer les études de son fils. On peut, de plus, noter les expressions suivantes : « je le fasse fructifier » (v32) ou « j’ai trop vidé ma bourse » (v33) qui sont autant d’insistances sur le thème de l’argent et nous rappellent que pour partir Adam de la Halle, ne pouvant pas compter sur son père, espère obtenir les largesses d’un bourgeois. Il s’agit d’un topos s’inscrivant dans une tradition littéraire : le poète cherche un protecteur, un mécène dans la même idée que Rutebeuf lorsqu’il écrit sa complainte sur son œil. Notons également que l’expression : « j’ai trop vidé ma bourse en ce lieu » (v33) réactive cette idée de choix et de préférence du poète pour ses études mais nous montre aussi l’importance de l’argent pour Arras et ses habitants. Arras apparaît comme un piège qui retient le poète et son « talent » (v31) et où ses ressources financières s’épuisent. Cette mention rappelle la scène finale de la taverne qui insiste sur cette idée d’emprisonnement du poète avec la réplique miniature de la société d’Arras, la notion d’argent et la stagnation dans laquelle est plongé le poète qui n’a toujours pas quitter Arras.

Dans une autre idée mais liée à celle de « talent », dans ce dernier mouvement, d’avantage que dans les autres, Adam de la Halle insiste sur son don poétique, son désir de savoir et même sur le travail du poète. Nous avons déjà noté que le poète ne veut pas « sacrifier la quête du savoir » (v30) aux « plaisirs de la vie arrageoise » (v29). S’il avait déjà émis son désir de savoir en affirmant sa décision de reprendre ses études, pour la première fois, Adam évoque son « talent » comme une capacité donnée par Dieu. On peut relever dans le texte les vers suivants : « Puisque Dieu m’a doté de talent, il est temps que je le fasse fructifier » qui, en plus de faire référence de façon directe à son « talent » pour la poésie et à la religion par la mention de « Dieu », sont aussi les vers qui font référence pour la première fois au travail de poète. Allié au thème de l’argent, on peut voir ici l’idée que la raison du Jeu de la feuillée est bien celle d’être rémunéré. En effet, il allie par ces vers le thème de l’argent et celui de son travail poétique néanmoins il ne l’avilie pas. En effet, on pourrait presque penser qu’il l’anoblie par la mention du terme de « quête » qui connote des actes héroïques et valeureux à l’époque d’Adam de la Halle. De même, notons que par la mention de « Dieu » comme celui qui lui à offert sa capacité poétique et la dénomination de « talent », le poète agrandit son travail en usant de la légitimité divine.

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Ainsi donc, pour conclure, ce passage a bien les fonctions d’un prologue parce qu’il nous présente les personnages notamment le poète qui s’avère être central dans l’œuvre et la situation de l’œuvre qui tourne autour de cette décision prétexte de reprendre ses études. En effet, ce passage met en avant les raisons d’une écriture se rapportant à une situation personnelle et particulière : sa décision de partir et son bilan concernant le temps passé à Arras. Néanmoins, on peut constater que ce passage dépasse les fonctions primaires du prologue : tout d’abord, parce qu’il s’agit d’un texte construit où le poète défend sa décision ; ensuite, parce que ce passage est l’occasion dénoncer une véritable poétique de l’œuvre. Adam de la Halle, dès les premiers vers, inscrit son œuvre dans des traditions pareilles aux pierres de taille dans la construction d’un édifice. Il reprend des topos et montre par cela sa connaissance littéraire tout comme son respect des traditions préexistantes mais il affirme également son originalité dans sa manière d’user de ces traditions. Ce passage en est même la parfaite illustration : il est donc d’une grande importance dans le Jeu de la feuillée concernant les fonctions traditionnels mais fait preuve d’originalité dans sa façon d’annoncer une véritable poétique de la pièce et de sa construction. 

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