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Adam
de la Halle est un poète arrageois du XIIIe siècle, de ce fait,
aucun document administratif n'a gardé sa trace et donc tout ce que
l’on sait de lui nous vient de ses écrits. Le Jeu
de la feuillée
date de 1276-1277. Il s’agit d’un œuvre dramatique dans laquelle
le poète intervient lui-même. Elle reprend le thème du « congé »
mais avec un ton bien plus grinçant car usant des traditions
littéraires qu’il connaît, Adam de la Halle se permet de
critiquer certains éléments de sa société. Le motif de la pièce
est la décision d’Adam de quitter Arras pour reprendre ses études
de clerc. L’extrait que l’on va étudier se situe au tout début
de l’œuvre, de fait il s’agit des trente premiers vers. On peut
considérer ce passage comme le prologue contenu de sa position
initiale mais également par les fonctions qu’il remplit. En effet,
comme tout bon prologue, il est la
première partie d'une œuvre littéraire ou dramatique et sert à
situer les personnages et l'action. On peut ainsi se demander en quoi
ce passage, tout en remplissant les fonctions primaires du prologue,
est le lieu où Adam de la Halle établit à la fois une
argumentation et une véritable poétique pour sa pièce.
On peut voir dans ce passage trois mouvements
différents qui rythment le prologue et son argumentation. Dans un
premier temps, des vers 1 à 11, l’annonce fondatrice de son
œuvre ; dans un deuxième temps, des vers 12 à 23, il s’agit
de l’irruption du dialogue par lequel Adam fait intervenir la
pensée des bourgeois et des habitants d’Arras ; enfin, dans
un dernier mouvement, des vers 24 à 33, c’est l’occasion pour le
poète d’affermir sa décision et d’affirmer son art.
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On peut, dans un premier temps, distinguer un
premier mouvement des vers 1 à 12 avec la réplique d’Adam qui
commence Le Jeu de la feuillée.
On peut la distinguer parce qu’elle se présente comme une
véritable annonce de l’auteur. Dans ce passage, Adam de la Halle
annonce les grands thèmes du Jeu de la
Feuillée et sa visée.
La première réplique du Jeu
de la feuillée est donc à son auteur.
Elle se compose de trois quatrains en alexandrins qui annoncent une
poésie grave, un ton sérieux. Le poète y annonce sa décision
de quitter Arras pour reprendre ses études et y fait un bilan du
temps qu’il a passé dans cette ville. On peut donc en déduire que
l’enjeu même de la pièce tourne autour d’Adam de la Halle et de
cette décision, ce qui va être dit annonce les raisons de
l’écriture du Jeu de la feuillée.
De plus, cette réplique prend la fonction d’un prologue
puisqu’elle nous situe le personnage et l’action. Elle nous situe
le personnage, d’abord, avec Adam de la Halle qui est un poète et
un intellectuel puisqu’il reprend l’habit de clerc qui, au moyen
âge, était la figure de l’intellectuel car il savait lire et
écrire le latin. Elle nous situe l’action, ensuite, parce que dès
les premiers vers, Adam nous indique son intention de « prendre
congé » et donc de quitter Arras pour réaliser son rêve en
prenant la route de Paris. Notons que Paris étant la capitale, est
aussi le symbole de la connaissance et de l’étude ici. Elle est
vue comme le lieu où le poète compte réussir, comme l’endroit
où, plus loin dans l’extrait, il peut faire « fructifier »
son talent. Dans ce premier mouvement, il est aussi question
d’affirmer de façon imagée le dessein du Jeu
de la Feuillée mais également une
sorte de poétique. En effet, on peut noter la présence de la
métaphore des pots brisés au vers 11 que l’on retrouve chez Jean
BODEL et qui rappelle le vers 534 du DERVE. Ici, les « tessons »
font allusion au faite que la carrière d’Adam a été interrompu
et doit recommencer, dans un premier temps, mais ils font aussi, dans
un second temps, référence à l’idée que Adam s’inscrit dans
une tradition faite de topoï, de motifs. Ces topoï sont les tessons
i.e. l’assemblage de ses topoï est égale à la construction
de l’œuvre comme on le ferait pour un vase. L’usage des
traditions est donc un élément fondateur et constructeur de l’œuvre
d’Adam de la Halle. C’est comme s’il inscrivait son œuvre
comme construite sur des traditions qui réunit par ses soins fond du
Jeu de la feuillée
une œuvre complète et unifiée.
Ce passage est marqué par le changement que l’on
peut voir dans le texte par le mot « maintenant » qui
montre une rupture après l’utilisation de la conjonction de
coordination « mais » aux vers 4-5. Ce changement
apparaît aussi chez le poète. Adam de la Halle se présente comme
changé et cela à différents niveaux : un changement, d’abord,
physique ; il apparaît vêtu d’ « un autre
costume » que l’on devine par la suite être celui de clerc
grâces aux répliques qui suivent : « je reprends ma
place parmi les clercs » (V1). Par ce changement d’habit
(clerc est vêtu de noir et porte la tonsure), Adam de la Halle se
présente dans son costume d’étudiant, en « escoliers ».
Il montre donc physiquement que sa décision est prise. Ensuite, un
changement mental est visible dans ses paroles ; Adam de la
Halle dit avoir « retrouver sa lucidité, malgré l’envoutement
qui le tient, après une grave maladie revient une excellente santé »
(V7-8). Il se présente comme guéri, libéré et veut par là
rassurer les bourgeois en les confortant dans l’idée qu’il est
prêt à partir.
Cependant, la façon dont ses changements sont
exprimés s’inscrit dans des traditions et des topoï que nous
avons déjà affirmés comme étant fondateurs pour Le
Jeu de la feuillée. D’abord, Adam de
la Halle exprime, au vers 4, sa décision de « prendre congé »
qui exprime, d’une part, son désir de se séparer mais aussi une
marginalité, un désir de souligner sa différence. Notons que le
« congé » est un genre poétique qui se sert d’un
« je » parlant de sa situation personnelle comme c’est
le cas des poètes comme Jean Bodel ou Baude Fastoul qui traitent de
leurs maladies. Mais, le « congé » est aussi un genre
qui apparaît dans la lyrique troubadouresque rattachant le genre au
thème de l’amour. Adam de la Halle retient les deux aspects de
cette tradition car il quitte Arras pour s’isoler mais il quitte
aussi sa femme. Le poète affirme par son désir de partir son
appartenance à une tradition poétique dès les premières lignes du
prologue. Notons également que le fait qu’Adam de la Halle
apparaisse comme personnage ajoute à l’idée de dramatisation de
sa situation personnelle qui est déjà présente par le genre du
congé. Par la suite, il met en évidence l’une des premières
tensions de la pièce, celle du « clergie » et de
l’amour. Il nous expose ici son intention de reprendre ses études,
ce qui nous laisse suggérer qu’à première vue, il a été
empêché par l’amour de continuer sa formation d’intellectuel.
Adam de la Halle se présente comme victime d’un amour perçu comme
un enchantement. Il veut prouver qu’il s’est libéré de l’amour
et affirme de ce fait qu’il est guéri. On trouve ici le topos de
l’amour comme enchantement mais aussi celui de l’amour comme
maladie qui remonte à l’antiquité i.e. l’amour est vu comme un
dérèglement des humeurs, comme une pathologie. On considère, en
effet, l’amoureux comme un malade, un aliéné car il est hors de
lui-même, il ne s’appartient plus à lui-même. Dans la
continuation de cette idée, on trouve le thème de la folie qui sera
présent tout au long de l’œuvre avec la présence du Dervé mais
qui justifie aussi le titre de l’œuvre : la feuillé étant
une homophonie de « folie ». Néanmoins, il n’y pas de
blâme accordé à cet amour, il est plutôt valorisé parce qu’Adam
de la Halle affirme lui-même, aux vers 9 et 10, qu’il n’a pas
perdu son temps et qu’il a été un « amant loyal ».
Adam de la Halle se distingue de la tradition, il affirme une
indépendance et son originalité en faisant le choix de ne pas
suivre cette tradition du clerc mal marié.
De plus, ce premier mouvement est très construit,
Adam cherche à convaincre, comme nous l’avons déjà dit
précédemment, les bourgeois dont il dépend des largesses pour
accomplir son voyage. Il veut donc se présenter comme guéri et
oppose, de ce fait, à ce topos de « folie » si récurrent
dans son œuvre, le terme de « lucidité » retrouvée.
Ajoutons à cela, l’usage de la conjonction « donc »,
au vers 12, qui nous montre bien qu’il s’agit d’une décision
raisonnée et réfléchie et non pas l’effet de « vaines
vantardises » (v6). Ce premier mouvement est un discours
articulé qui pose dès les premiers vers du prologue les lignes de
conduite de l’œuvre du poète.
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On peut voir dans les vers 12 à 23, un second
mouvement avec l’intervention d’un autre personnage, Richesse
Auri, qui met fin au monologue du poète et nous fait entrer
réellement dans la pièce en commentant la décision d’Adam de la
Halle. En effet, à partir de cette réplique, Adam de la
Halle insère le dialogue entre le poète et d’autres personnages
et ces derniers entre eux. Le Jeu de la
feuillée n’est donc pas un monologue
d’Adam de la Halle mais bien une pièce où différents personnages
interviennent et argumentent avec le poète et entre eux. Ainsi,
passant à la polyphonie, il nous fait entrer dans la représentation
après ce qui ressemblait plus à une annonce formelle et officielle.
Les deux personnages à intervenir dans ce
prologue et ce deuxième mouvement, « Riquier Auri » et
« Hans li merciers », ne sont pas anodins, ce sont, en
effet, des figures représentatives des bourgeois d’Arras à qui
Adam s’adresse pour obtenir les largesses i.e. le support financier
nécessaire pour reprendre ses études. Leurs noms sont en ce la très
représentatifs et insèrent le thème de l’argent qui est un enjeu
important dans la pièce. Tout d’abord, « Riquier Auri »
est un nom qui est, en soi, tout tourné vers l’argent. On peut
ainsi noter que « Riquier » signifie « richesse »
et que « Auri » signifie « or ». Il introduit
donc par son pseudonyme ce thème important de la pièce et l’un
des grands enjeux du Jeu de la feuillée.
Ensuite, « Hans li merciers » est un nom qui est un
véritable clin d’œil à la ville d’Arras et son pouvoir
commercial. En effet, un mercier est une personne qui vend des
articles de couture et l’on sait que la ville d’Arras était, à
l’époque d’Adam de la Halle, l’un des grands centres
commerciaux d’Europe notamment réputé pour son commerce de draps.
Ce terme renvoie aussi à l’idée de marchands que l’on peut
désigner comme les bourgeois d’Arras. Il s’agit donc, par le
choix de ce personnage, de symboliser ce pouvoir commercial et
financier qu’il inclut avec lui. Dans la continuation de cette
idée, on peut noter que le thème de l’argent est également
présent dans les propos des personnages eux même. On peut ainsi
relever, au vers 18, la réplique de Hans le mercier lorsqu’il
parle d’« un profit de deux deniers par livre »
associant la réplique précédente du poète qui parlait de
l’adresse de « Riquier Amion » dans son livre (v16) au
thème de l’argent.
On peut également voir ici un second mouvement
car, par l’intervention d’un autre personnage, par cette parole
donnée à l’autre, Adam de la Halle introduit et anticipe une
réponse de ceux qui viennent d’entendre l’annonce de sa décision
concernant se reprise d’étude. En effet, c’est, dans un premier
temps, l’expression d’une voix commune qui nous est donnée. On
peut le noter par l’emploi d’expressions telles que « jamais
d’Arras » (v14) qui renvoie bien à une globalité i.e. les
habitants d’Arras ou bien « personne n’ose vous faire des
reproches » (v20) qui met bien en avant l’opinion d’une
majorité même que Hans met à jour. Néanmoins, dans un second
temps, ce sont les doutes et les questions des bourgeois qu’Adam de
la Halle fait incarner à ses personnages face à l’annonce de sa
décision : il anticipe et répond
aux demandes qu’il a deviné en les mettant dans les bouches de
Riquier et Hans. La première opposition est évoquée par Riquier.
Il doute, en effet, du caractère vraisemblable de ce que suggère
Adam. Pour cette raison, il insiste sur le fait que « jamais
d’Arras n’est sorti un grand clerc » (v13) et met en avant
l’idée que le poète est naïf, qu’il se berce « d’illusions »
s’il croit y parvenir. De plus, en usant du terme d’ « exploit »
(v14), Riquier insiste sur le fait qu’il s’agit d’une tache
difficile et que son entreprise peut paraitre vaine si l’on
s’arrête sur l’Histoire d’Arras et de ses annales où aucun
clair brillant ne s’est démarqué. Face à cette première
opposition, Adam de la Halle rétorque en nommant « Riquier
Amion » comme étant un « grand clerc, très adroit de
son livre » (v16-17). Il donne donc un exemple de réussite
pour contrer le caractère irréalisable mis en avant par Riquier.
Par la suite, la seconde opposition qui lui peut être faite et qu’il
met dans la bouche de Hans porte sur un des traits de caractère du
poète. Hans l’assène d’avoir un esprit « changeant »
(v21), il fait donc référence au faite qu’Adam de la Halle a déjà
changé d’avis, peut être fait il référence à son mariage avec
Marie ou bien anticipe t-il la fin du Jeu de la Feuillé avec le don
de Mandragore et la scène finale de la taverne. Quoi qu’il en soit
réellement, c’est Riquier qui répond à cette seconde opposition.
On a ici un début de portrait d’Adam et de la portée de sa
décision : Adam apparaît comme quelqu’un de « changeant »
mais de capable de réaliser ce qu’il énonce car étant têtu,
comme nous le laisse présager la réplique de Riquier : « est
ce que vous imaginez (…) qu’il pourrait réaliser ce qu’il
annonce ? » (v22-23). Dans la même idée, on peut voir
dans la première opposition émise par Riquier une manière pour le
poète de glorifier son entreprise et lui donner un caractère
exceptionnel. Ajoutons à cela que la question posée par Riquier au
vers 23, laisse un suspense concernant la possible réussite de
l’entreprise du poète.
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On peut enfin voir un dernier mouvement, des vers
24 à 33, avec la réponse d’Adam de la Halle aux doutes et son
affirmation concernant le fait que sa décision est prise, évoquant
pour cela sa situation et ses raisons. Le poète, qui ouvrait le Jeu
de la feuillée, en clôt également le
prologue par une annonce plus ferme de son désir de quitter Arras et
de reprendre ses études.
Alors que dans le second mouvement, Adam de la
Halle anticipait les doutes de son entourage en les plaçant dans les
paroles de ses personnages ; dans ce troisième et dernier
mouvement, il pointe directement les doutes lorsqu’il dit « chacun,
à ce qu’il me semble, prend mes propos pour de méprisables
billevesées » (v24-25) i.e. son annonce est perçue comme des
propos frivoles n’étant pas digne de respect. Il met ici, de façon
directe, en évidence l’attitude générale qui reçoit sa décision
mais, néanmoins, le poète ne se laisse pas pour autant troubler, il
reste ferme concernant sa décision et insiste à nouveau comme pour
établir définitivement cette décision prise. On peut le noter avec
l’usage de la conjonction de coordination « mais »
(v26) qui montre son désir de faire face aux oppositions qui se
dressent contre sa décision, d’une part. D’autre part, on peut
le comprendre par le contenu de ses propos. Adam de la Halle affirme
avoir gouté à ce que la vie d’Arras à offrir et que rien ne peut
le retenir d’avantage dans cette ville lorsqu’il écrit :
« je tiens à vous dire que je n’aime pas assez les plaisirs
de la vie arrageoise pour leur sacrifier la quête du savoir. »
(V28-30). Il émet, par cela, sa préférence pour le savoir et
l’intellectuel sur les plaisirs du corps et de sa vie à Arras.
Notons que par l’usage du terme « sacrifier », le poète
marque une opposition entre les deux et la nécessité pour lui de
choisir. L’un ne pouvant aller avec l’autre, le poète ne peut
continuer de vivre à Arras et espérer reprendre ses études :
une séparation est nécessaire et Adam de la Halle, par ces propos,
affirme être prêt et même préférer le savoir aux « plaisirs ».
Il montre à nouveau le caractère solitaire et
marginal que présupposait le genre du congé en affirmant :
« la nécessité m’oblige à ne compter que sur moi »
(v26-27). Par ces vers, il réactive également, à nouveau, le motif
de l’argent qui était déjà présent auparavant. Notons que, par
la suite, il est fait référence au faite que Maître Henri, le père
d’Adam, est un avare et ne compte pas financer les études de son
fils. On peut, de plus, noter les expressions suivantes : « je
le fasse fructifier » (v32) ou « j’ai trop vidé ma
bourse » (v33) qui sont autant d’insistances sur le thème de
l’argent et nous rappellent que pour partir Adam de la Halle, ne
pouvant pas compter sur son père, espère obtenir les largesses d’un
bourgeois. Il s’agit d’un topos s’inscrivant dans une tradition
littéraire : le poète cherche un protecteur, un mécène dans
la même idée que Rutebeuf lorsqu’il écrit sa complainte sur son
œil. Notons également que l’expression : « j’ai trop
vidé ma bourse en ce lieu » (v33) réactive cette idée de
choix et de préférence du poète pour ses études mais nous montre
aussi l’importance de l’argent pour Arras et ses habitants. Arras
apparaît comme un piège qui retient le poète et son « talent »
(v31) et où ses ressources financières s’épuisent. Cette mention
rappelle la scène finale de la taverne qui insiste sur cette idée
d’emprisonnement du poète avec la réplique miniature de la
société d’Arras, la notion d’argent et la stagnation dans
laquelle est plongé le poète qui n’a toujours pas quitter Arras.
Dans une autre idée mais liée à celle de
« talent », dans ce dernier mouvement, d’avantage que
dans les autres, Adam de la Halle insiste sur son don poétique, son
désir de savoir et même sur le travail du poète. Nous avons déjà
noté que le poète ne veut pas « sacrifier la quête du
savoir » (v30) aux « plaisirs de la vie arrageoise »
(v29). S’il avait déjà émis son désir de savoir en affirmant sa
décision de reprendre ses études, pour la première fois, Adam
évoque son « talent » comme une capacité donnée par
Dieu. On peut relever dans le texte les vers suivants :
« Puisque Dieu m’a doté de talent, il est temps que je le
fasse fructifier » qui, en plus de faire référence de façon
directe à son « talent » pour la poésie et à la
religion par la mention de « Dieu », sont aussi les vers
qui font référence pour la première fois au travail de poète.
Allié au thème de l’argent, on peut voir ici l’idée que la
raison du Jeu de la feuillée est bien celle d’être rémunéré.
En effet, il allie par ces vers le thème de l’argent et celui de
son travail poétique néanmoins il ne l’avilie pas. En effet, on
pourrait presque penser qu’il l’anoblie par la mention du terme
de « quête » qui connote des actes héroïques et
valeureux à l’époque d’Adam de la Halle. De même, notons que
par la mention de « Dieu » comme celui qui lui à offert
sa capacité poétique et la dénomination de « talent »,
le poète agrandit son travail en usant de la légitimité divine.
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Ainsi donc, pour conclure, ce passage a bien les
fonctions d’un prologue parce qu’il nous présente les
personnages notamment le poète qui s’avère être central dans
l’œuvre et la situation de l’œuvre qui tourne autour de cette
décision prétexte de reprendre ses études. En effet, ce passage
met en avant les raisons d’une écriture se rapportant à une
situation personnelle et particulière : sa décision de partir
et son bilan concernant le temps passé à Arras. Néanmoins, on peut
constater que ce passage dépasse les fonctions primaires du
prologue : tout d’abord, parce qu’il s’agit d’un texte
construit où le poète défend sa décision ; ensuite, parce
que ce passage est l’occasion dénoncer une véritable poétique de
l’œuvre. Adam de la Halle, dès les premiers vers, inscrit son
œuvre dans des traditions pareilles aux pierres de taille dans la
construction d’un édifice. Il reprend des topos et montre par cela
sa connaissance littéraire tout comme son respect des traditions
préexistantes mais il affirme également son originalité dans sa
manière d’user de ces traditions. Ce passage en est même la
parfaite illustration : il est donc d’une grande importance
dans le Jeu de la feuillée
concernant les fonctions traditionnels mais fait preuve d’originalité
dans sa façon d’annoncer une véritable poétique de la pièce et
de sa construction.

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